Université de Ngozi : Ordinateurs portables pour étudiants - Aide informatique

Université de Ngozi : Ordinateurs portables pour les étudiants

Le Burundi est un pays que la plupart d'entre nous auraient du mal à situer sur une carte.

Souvent appelée le cœur de l’Afrique pour sa position et sa forme géographiques, c’est un petit pays éclipsé par ses voisins géants, la RDC et la Tanzanie. Il est également éclipsé par son frère jumeau le Rwanda : même taille, populations similaires, même langue, même paysage (tous deux constitués de 1000 collines), mais économiquement très éloignés. Le Rwanda a réussi à déjouer les pronostics et a transformé son histoire meurtrière en l’une des réussites du continent. Le Burundi n’en est pas encore là.


En 2019, l’université de Ngozi a contacté Computer Aid International (CAI) afin d’acquérir 250 ordinateurs portables pour ses étudiants. Ngozi est la troisième plus grande ville du pays, mais la plupart de ses habitants n'ont pas facilement accès aux nouvelles technologies. À l'époque, seuls 5% des étudiants de l'université possédaient leur propre ordinateur.


Les deux laboratoires informatiques de l'université n'étaient utilisés que pendant les cours, de sorte que la majorité des étudiants devaient se tourner vers les cybercafés pour faire des recherches et rédiger leurs devoirs. Aristide, étudiant en informatique à l'Université de Ngozi, avait l'habitude d'étudier jusqu'à 30 heures par semaine dans un cybercafé, y consacrant une grande partie de son budget mensuel.

La seule alternative proposée aux étudiants était d'acheter leur propre ordinateur, mais à Ngozi, même un appareil reconditionné leur aurait coûté l'équivalent de leur revenu annuel (entre $400 et $500). Ce n'était donc pas une option réaliste.

Consciente de cette situation intenable, l'université s'est associée à CAI pour lancer un nouveau programme proposant des ordinateurs portables aux étudiants à un prix abordable. Dans le cadre du programme $100, ceux-ci ont ainsi eu la possibilité d'acquérir leur propre ordinateur.

Malgré la crédibilité de l’université, de nombreux étudiants étaient très sceptiques. Ils pensaient qu’il s’agissait peut-être d’une arnaque, car dépenser $100 représentait tout de même un sacrifice important pour eux et ils ne pouvaient pas prendre cette décision à la légère. Sur les 2 000 étudiants, quelques courageux, conscients qu'un ordinateur changerait la donne, ont pris le risque et se sont inscrits au programme.

200 étudiants et 50 enseignants ont reçu leurs machines en mars 2020, juste avant la pandémie.

Après une longue attente, en novembre 2021, le CAI s'est rendu à l'université pour rencontrer quelques-uns de ces étudiants et recueillir leurs impressions.


Sœur Aline, Informatique, 2ème année de Baccalauréat:

Sœur Aline a décidé d'étudier l'informatique à l'université pour pouvoir, une fois de retour dans sa congrégation, enseigner les TIC. La congrégation supervise une école primaire et une école secondaire et elle pense que tous ses élèves doivent quitter les écoles avec les compétences numériques nécessaires. Elle avait décidé dès le début de ses études qu'elle ramènerait un ordinateur chez elle et savait qu'avoir sa propre machine pendant ses études accélérerait le processus d'apprentissage.


Flavia, Médecine, 3ème année de licence :

Flavia faisait ses recherches pour ses devoirs sur son téléphone, mais il était petit et difficile à suivre tout en prenant des notes. Elle devait aller régulièrement au cybercafé, mais devait souvent attendre un ordinateur. Elle perdait beaucoup de temps précieux alors qu'elle avait besoin d'étudier..  Cela aurait pu avoir un impact très négatif sur ses résultats, elle n'a donc pas hésité lorsqu'on lui a proposé de rejoindre le programme. Elle savait que posséder un ordinateur portable lui donnerait un avantage sur ses camarades étudiants en médecine.


Norbert, Développement Rural, 1ère année de Master :

Pendant la pandémie, une multitude de nouvelles formations en ligne ont été proposées dans le monde entier. Il devient de plus en plus courant d'obtenir des certifications en ligne. Norbert tenait à élargir son expérience, ainsi grâce à son nouvel ordinateur, il a réussi à obtenir 2 nouvelles certifications : “ Entrepreneuriat chez les jeunes en milieu rural ” et “ Leadership au sein de la communauté ”. Il se décrit lui-même comme un “ Révolutionnaire de la paix ”.

Norbert fait également partie du syndicat étudiant. En 2020, il s'est joint à quelques autres étudiants pour réclamer une augmentation de l'accès au Wi-Fi sur le campus. Ce fut l'une des conséquences imprévues de l'augmentation du nombre d'étudiants possédant leur propre équipement – le signal a été multiplié par trois en 2021.


Fulgence, Comptabilité, 2ème année de Baccalauréat :

Beaucoup de ses amis avaient dit à Fulgence qu'il perdrait l'argent investi dans un ordinateur portable, mais il l'a fait quand même. Il était désespéré d'avoir sa propre machine. Au cours de ses études, on lui demandait souvent d'utiliser un logiciel appelé SAGE 100 qui n'était accessible qu'en classe. Le problème était qu'il y avait en moyenne quatre étudiants par machine, et il était impossible de travailler efficacement. Fulgence était constamment insatisfait de ses travaux et frustré par la situation. La machine qu'il a reçue lui a donné l'indépendance nécessaire pour étudier aussi souvent qu'il le fallait sur le logiciel afin d'obtenir de bons résultats.


Les retours globaux de tous les étudiants ayant reçu un ordinateur portable ont été si positifs que l'université a décidé de relancer le programme en juillet 2021.

Cette fois, le scepticisme général était beaucoup plus faible, et l'université a reçu 820 demandes d'ordinateurs portables.

Les nouvelles livraisons sont désormais en cours d'acheminement et arriveront à l'université d'ici le début de l'année 2022. Pour la prochaine année universitaire, 50% d'étudiants disposeront de leur propre ordinateur. Inutile de préciser que l'université se prépare à recevoir davantage de plaintes concernant le signal Wi-Fi…

Au Burundi, on sait que l'un des piliers du “ miracle rwandais ” est son enthousiasme et son engagement envers les nouvelles technologies. Beaucoup aimeraient suivre cet exemple mais n'en ont pas l'occasion. L'Université de Ngozi a offert ce choix à ses étudiants.

“Ceci est un petit pas, mais un pas dans la bonne direction. Il en faudra beaucoup, beaucoup d'autres dans tout le pays pour transformer ce ”petit pays" en un nouveau succès africain.".